Gouvernement du Burkina Faso

« La participation de tous permettra de formuler un compact répondant aux problèmes des Burkinabè »

Le coordonnateur national de l’Unité de formulation du Compact, Tambi Samuel Kaboré
mercredi 18 octobre 2017.

 

Après un premier Compact bien réalisé entre juillet 2009 et juillet 2014, le Burkina Faso a encore été sélectionné pour un deuxième par le Millenium challenge corporation (MCC) en décembre 2016. Pour l’heure, le pays s’attelle à la formulation du Compact avec à la baguette l’Unité de coordination de la formulation (UCF) créée en mars 2017. L’objectif de l’unité est d’être prête d’ici à avril 2019 pour un début de mise en œuvre effective du programme. Quels ont été les critères de sélection des contraintes ? Quelles sont les démarches de formulation du Compact ? Quelles sont les difficultés que l’UCF rencontre ? Toutes ces interrogations sont abordées dans cet entretien avec le coordonnateur national de l’UCF-Burkina, Tambi Samuel Kaboré.

Sidwaya (S.) : Le Burkina Faso a bénéficié d’un 1er Compact qui a pris fin en juillet 2014. Qu’est-ce qui a pu motiver les Etats-Unis à déclarer le pays éligible à nouveau, à un second Compact ?
Tambi Samuel Kaboré (T.S.K) :
L’éligibilité d’un pays au Compact est basée sur l’observation d’un certain nombre d’indicateurs. Il y en au total 20 que les américains mettent dans ce qu’ils appellent un tableau de bord nommé « Scorecard ». Dans ce tableau, lorsque la case de l’indicateur est verte, cela veut dire que celui-ci est bon. Mais quand il est rouge, c’est que le seuil attendu de l’indicateur est faible. Lorsque le pays a de nombreuses cases vertes, il est déclaré éligible. C’est à l’issue de ce processus que le Burkina Faso a été déclaré apte a bénéficié d’un second Compact par les américains, en décembre 2016. Auparavant, il fallait avoir réalisé adéquatement le 1er Compact. En résumé, si le Burkina Faso a été éligible c’est parce qu’il a bien réalisé le 1er Compact et en plus, il a satisfait à un certain nombre d’indicateurs.

S. : Quels sont les indicateurs qui ont constitué les points déterminants à l’éligibilité du Burkina ?
T.S.K. :
Dans le cas du Burkina Faso, les indicateurs positifs ont été l’environnement économique avec la politique fiscale, le maintien de l’inflation et la qualité de la régulation. A cela, s’ajoute la gouvernance dans laquelle le pays a enregistré de nombreux points positifs. Il s’agit notamment des droits politiques, les libertés civiles, le contrôle de la corruption, la règlementation, la liberté d’information. Quant au volet social, les américains ont apprécié l’existence de dépenses dans les domaines du social, de l’agriculture, des mesures de protection de l’environnement et les taux d’immunisation. S’agissant des points faibles, le Burkina a des insuffisances dans sa politique commerciale, le rôle du genre dans l’économie, l’accès à la terre, au crédit ainsi que dans le business avec les Start-Up. Sur ce dernier aspect, le pays n’a pas un dispositif d’incubation permettant à ceux qui veulent se lancer dans le business de disposer de tous les appuis nécessaires jusqu’à ce que les entreprises prennent racine dans le tissu économique. De même, dans le social, il faut noter des limites dans la santé des enfants avec les critères de nutrition où des faiblesses sont constatées par rapport à certaines normes.

S. : L’Unité de coordination de la formulation du second Compact (UCF) s’attelle actuellement à la conception d’un document pour convaincre les américains. Quelles sont les différentes étapes du processus ?
T.S.K. :
Le processus est réparti en quatre grandes étapes. La première concerne l’analyse des contraintes. Elle a commencé en avril dernier et s’est achevée le 31 août par un atelier national de validation du rapport d’analyse des contraintes. Ce document a été d’ailleurs adopté en conseil des ministres le 6 septembre 2017. La deuxième étape, en cours d’exécution actuellement, porte sur l’analyse approfondie des causes des problèmes identifiés auparavant. Ce travail nous conduira jusqu’en décembre 2017. Après, il va falloir identifier les projets de janvier à août 2018 afin de retenir les plus pertinents à même de résoudre ou d’atténuer les conséquences des problèmes mentionnés lors de l’analyse des causes profondes. La dernière phase consistera en l’évaluation et à l’analyse de faisabilité des projets qui ont été identifiés. Ce travail nous amènera jusqu’en avril 2019. En principe, entre avril et juin 2019, les gouvernements du Burkina Faso et des Etats-Unis procèderont à la négociation et à la signature du Compact. C’est à cette étape que tout le monde saura de combien de francs le Burkina Faso va bénéficier pour la réalisation de ce second Compact.

S. : A quel stade en êtes-vous aujourd’hui avec la formulation du second Compact ?
T.S.K. :
Nous sommes à la deuxième phase et elle concerne l’analyse approfondie des causes des problèmes identifiés lors de l’étape précédente. A la fin de la première phase, deux contraintes majeures à l’investissement privé et la croissance économique avaient été identifiées. Il s’agit du problème d’électricité dans ses dimensions offre, accès, coût et qualité. En plus, il faut noter la faible qualification des ressources humaines. Ce point est plus large et englobe trois ministères : le MENA, la jeunesse et la formation professionnelle et l’enseignement supérieur. Tous ces départements interviennent dans le développement du capital humain. A tous les niveaux du capital humain, nous avons constaté des faiblesses. Prenons le cas des entrepreneurs. Lorsque vous analysez leur gouvernance, vous vous rendez compte qu’il existe beaucoup de mauvaises pratiques chez les chefs d’entreprises eux-mêmes, comparativement à la bonne gouvernance telles que définie. Ils trainent des faiblesses. Utiliser les meilleures méthodes permettant d’accéder au financement, au crédit et prendre plus de parts à l’international, demandent des aptitudes. A chaque niveau, nous avons noté des faiblesses, notamment que les chefs d’entreprises n’ont pas l’habileté, les outils, les méthodes nécessaires pour conduire leurs activités selon les règles en vigueur. En sus, il y a des secteurs qui ne disposent pas de ressources humaines. C’est le cas des mines qui sont parfois obligées d’aller chercher du personnel dans la sous-région, parce qu’elles n’en trouvent pas sur le marché national. Pour ce qui est du secteur de l’énergie, la SONABEL recherche souvent des cadres qu’elle ne peut pas trouver au Burkina Faso. En somme, les ressources humaines au Burkina, soit il en manque, soit on n’en trouve même pas, soit elles n’ont pas les aptitudes ou trainent des faiblesses. Le secteur privé reproche par exemple aux étudiants qui sortent des universités et des centres de formation, le fait que leur qualification ne réponde pas aux besoins des entreprises. Il va falloir trouver des mécanismes afin d’adapter la formation et la qualification des jeunes aux besoins du secteur privé. A ce sujet, nous avons constaté des pratiques intéressantes au 2iE où il existe une connexion étroite entre le monde du travail et les types de formations de l’institut. Il y a aussi un système continu dans lequel les employés des entreprises peuvent bénéficier de formation de mis à niveau. Ce sont ces types d’exemple qu’il faudrait développer dans le futur.

Nous avons noté bien sûr d’autres contraintes, mais comme nous ne pouvons pas toucher à tout, ce sont sur ces deux problèmes majeurs que le Compact a décidé de se pencher. Il appartient au gouvernement de se charger des autres types de contraintes telles que les routes, l’internet, les infrastructures de mobilisation de l’eau, les problèmes de santé…Dans nos analyses, ces problèmes n’ont pas le même niveau de sévérité que les contraintes d’électricité et la faible qualification. Nous sommes actuellement dans l’analyse profonde des causes de ces deux problèmes majeurs. Avec les acteurs, nous essayons de comprendre pourquoi l’offre et l’accès à l’électricité sont faibles. Cette analyse approfondie va nous permettre d’aboutir à l’identification des actions majeures à conduire dans chacun des domaines pour atténuer ou résoudre ces contraintes.

S. : Même si vous n’avez pas encore achevé cette seconde phase, y a-t-il en filigrane quelques prémices des causes de ces contraintes ?
T.S.K. :
Nous avons actuellement conçu ce que nous appelons dans notre jargon l’arbre à palabre. Cette approche consiste à mettre le problème principal à analyser au niveau du tronc. Ensuite, nous cherchons à construire les racines qui représentent ses causes. Et pour chaque cause, nous nous posons encore la question de savoir pourquoi elle existe. Nous procédons ainsi jusqu’à construire une arborescence racinaire expliquant la globalité du problème identifié. Cet arbre nous amènera à aller chercher la solution pour déclencher des mécanismes pouvant résoudre le problème. Nous n’avons pas encore fini ce processus, les discussions se poursuivent avec les différents acteurs. Ce n’est qu’à l’issue de cette phase que nous serons capables de rédiger des notes conceptuelles. Celles-ci seront les solutions potentielles aux contraintes identifiées. Les projets structurants seront par la suite orientés vers ces deux contraintes majeures.

S. : Comment avez-vous procédé pour aboutir à l’identification des deux contraintes majeures à l’investissement privé et à la croissance économique ?
T.S.K. :
Nous avons utilisé une méthodologie développée en 2005 à l’Université de Harvard, aux Etats-Unis, dénommée HRV du nom abrégé des auteurs : Hausman, Rodrik et Velasco. Ils ont produit un article très constructif qui propose une approche d’analyse. La méthode HRV part de l’hypothèse que s’il y a moins de croissance, c’est que l’investissement privé et la création des entreprises sont faibles. Pour expliquer la faible croissance et la faible capacité d’un pays à réduire la pauvreté, l’idée de base est que l’investissement privé est faible. Comme le système de l’arbre à palabre, dans l’approche HRV, l’on émet des hypothèses pour expliquer les faiblesses. Dans notre cas, deux hypothèses majeures se sont dégagées : le faible rendement de l’activité économique et le coût élevé du financement. Ensuite, nous avons repris chacun de ces éléments pour rechercher leurs causes profondes. Ce qui nous a amené, concernant le faible rendement de l’activité économique, à aboutir à deux explications possibles. Soit le rendement social est faible, soit c’est la capacité d’appropriation qui l’est. Le rendement social désigne ce que l’activité de façon intrinsèque génère comme profit. Quant à la faible appropriation, elle indique que le système fiscal, le marché ou certaines difficultés absorbent le profit déjà créé. Nous avons le fonctionnement de l’Etat, notamment les problèmes de fiscalité et de politique qui peuvent absorber une bonne partie. Si le taux de l’impôt sur les revenus est assez élevé, vous pouvez gagner mais l’Etat prend une bonne partie et cela peut décourager les investisseurs. Dans le rendement intrinsèque, nous avons découvert plusieurs causes : soit le pays n’a pas beaucoup de ressources naturelles (une géographie défavorable), soit les infrastructures sont déficientes ou le capital humain est faible.

Le coût élevé du financement peut s’expliquer du fait d’un mauvais financement international ou un mauvais financement local. Cette dernière cause peut se justifier par une faible épargne dégageant moins de capacité à l’investissement ou bien par une intermédiation insuffisante. Ce sont là les hypothèses possibles pour expliquer la faiblesse du niveau d’investissement et la création des entreprises. Nous avons procédé au traitement de chacune des hypothèses afin de les vérifier. Cet exercice a donné lieu à huit chapitres : les ressources naturelles, le capital humain, les infrastructures, les risques microéconomiques (droits de propriété, corruption, impôts), les risques macroéconomiques (instabilité financière, monétaire et budgétaire), le dysfonctionnement du marché, le financement de l’économie, la pauvreté et la croissance. Nous avons couvert les hypothèses possibles des explications du faible niveau d’investissement privé. C’est cette analyse, à travers ces huit chapitres qui a permis de mettre le doigt sur les facteurs qui apparaissent en premier comme contraintes.

S. : Quel sera la spécificité de ce second Compact ?
T.S.K. :
Je peux juste donner un début de réponse, parce que nous ne sommes qu’à la deuxième phase du processus de formulation du Compact. La spécificité de ce Compact est d’abord le fait de se concentrer sur les deux secteurs que sont l’énergie et le capital humain. Plus nous sommes concentrés sur un domaine moins large, plus nous seront efficaces. Car si nous démultiplions les projets et les efforts, il nous sera difficile de les exécuter à temps, sur les cinq ans. Nous sommes actuellement au stade de la formulation, mais lorsque le Compact sera signé et qu’une date de départ sera donnée, le chronomètre sera en marche sur cinq ans. A la minute près, ce que nous n’aurons pas pu réaliser sera coupé. Si nous consommons l’essentiel bravo, mais si nous trainons, l’argent retourne à la source. Il faut donc choisir des projets structurants, réalisables sur cinq ans.

Ensuite, le deuxième niveau de spécificité sera connu à travers le processus que nous sommes en train de conduire et qui aboutira à identifier, parmi les problèmes des deux secteurs, les domaines d’intervention en fonction de la cartographie des programmes déjà entrepris par le gouvernement. C’est à la fin de ce processus en cours que nous saurons s’il faut construire des lignes et des réseaux de distribution pour améliorer par exemple l’accès des populations à l’électricité. Pour résoudre le problème de la qualité de l’énergie, il va falloir peut-être améliorer les équipements existants, c’est-à-dire les transformateurs, les groupes…Peut-être aussi qu’il va falloir construire une centrale pour améliorer l’offre. Tout reste ouvert.

S. : Est-ce que toutes les couches sociales du pays ont été associées au début de la formulation du Compact ?
T.S.K. :
Le processus a été participatif et inclusif. Il a été participatif dans ce sens que les consultations ont été le plus large possibles. La société civile dans ses différentes composantes, le secteur privé, l’Etat, les PTF ont tous été associés. Il fallait cette large consultation pour s’assurer que chacun dans sa position a été touché. Nous avons aussi pris en compte les difficultés exprimées. Il y a eu des consultations individuelles, l’organisation de plusieurs ateliers. Nous avons réalisé une enquête téléphonique avec 201 entreprises sur les contraintes majeures que les entreprises rencontrent. Tout cela, pour tester et voir les causes les plus probantes parmi celles possibles de cette faiblesse de l’investissement privé.

S. : Toutes les conditions sont-elles réunies au sein de l’Unité de coordination pour conduire à termes la formulation du Compact ?
T.S.K. : Nous essayons de conduire le processus en concertation avec l’ensemble des acteurs. Les résultats dépendront aussi de la qualité de leur participation. Notre équipe n’est pas encore complète. Nous sommes six actuellement pour ce qui est du noyau technique. Il y aura par la suite un recrutement dans les secteurs d’intervention. Un recrutement sera bientôt effectué pour étoffer l’équipe. Nous travaillons avec notre homologue du MCC à Washington. Chaque expert qui sera recruté ici aura donc un homologue là-bas. En plus de cela, nous consultons les experts nationaux pour nous assurer que le diagnostic est bon. S’il y a des insuffisances, il faut qu’ils puissent corriger afin de nous permettre de toucher les vrais problèmes et aller vers les solutions les plus adaptées. La participation de tous permettra de formuler un compact répondant aux problèmes précis des Burkinabè.

S. : Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans la formulation du Compact ?
T.S.K. :
Lorsque vous voulez faire une analyse, vous avez besoin d’être alimenté en méthodes, de disposer d’outils d’analyse. Pour utiliser ces outils, vous aurez besoin des données générées par les services compétents. Le secteur privé, l’administration publique, la société civile sont ces partenaires qui génèrent l’information. Si les données sont de bonne qualité, les applications vont donner de bons résultats. Avec la collaboration des Etats-Unis qui travaillent avec plusieurs pays dans le monde, il est facile de réunir de la méthodologie et de disposer des outils. Mais l’accès aux données nationales pose problèmes. Elles peuvent exister, mais ne sont pas de bonne qualité. Ou bien elles n’existent pas et lorsqu’elles existent les services mettent du temps à les mettre à notre disposition. Il y a des structures qui sont réactives quand nous les sollicitons. Cependant certaines mettent plus d’un mois avant de nous répondre alors que le calendrier est serré. Vu le temps qui nous ait imparti, nous sommes obligés de contourner ces difficultés en soulignant que nous n’avons pas de données pour approfondir telle analyse.

L’autre difficulté concerne la représentativité des acteurs qui viennent lors des débats. Notre souhait est que pendant ces rencontres, les participants apportent une valeur ajoutée. Nous avons besoin à ces réunions d’acteurs qui soient au parfum de ce qui se passe dans leur sous-secteur ou leur service et qui ont une capacité décisionnelle. A des moments, les structures nous envoient des novices, pleines de volonté certes, mais qui ne maîtrisent pas leur sujet. Ils ne peuvent pas contribuer efficacement au débat. Il y a aussi les lourdeurs administratives. Ce que l’on peut résoudre en une semaine, l’on mettra deux mois à trouver une solution.

S. : De nombreux acteurs se préoccupent de la cohérence entre le PNDES et le Compact. Leurs inquiétudes sont-elles fondées ?
T.S.K. :
L’élaboration du PNDES a utilisé la même approche que nous, à savoir la méthode HRV. Etant donné que le Compact n’entend pas couvrir tous les secteurs comme le PNDES, il a fallu approfondir l’analyse pour être capable de savoir sur quoi nous allons mettre le focus. Globalement, chacun des huit chapitres que nous avons déclinés plus haut est logé dans un axe et/ou dans un objectif spécifique du PNDES. Par exemple, le capital humain rentre dans l’axe 2 du référentiel national et qui porte d’ailleurs le même intitulé. Quant à la question de l’énergie, elle est présente dans l’axe 3 du PNDES à savoir les infrastructures. Les contraintes identifiées, en attendant d’aller à l’étape des projets, sont en parfaite cohérence avec les axes et certains objectifs spécifiques du PNDES. Entre les deux programmes, il y a une cohérence. Nous allons alors nous assurer que les projets qui seront sélectionnés complètent et renforcent ce qui est planifié dans le PNDES.

S. : Quand est-ce que les Burkinabè verront les débuts de la mise en œuvre effective du Compact ?
T.S.K. :
C’est la question récurrente. Les Burkinabè voudraient avoir de l’électricité tout de suite et maintenant. Parlant du calendrier, nous pensons pouvoir réunir tous les indicateurs d’ici à avril 2019, comme le stipule notre planification. Mais nous travaillons à raccourcir ces délais. Pour être capable de le faire, il y a des moyens. Mais la question centrale consiste à la disponibilité des données. Il faut être capable d’aller les chercher pour alimenter les indicateurs. Et cela prend du temps. Si les ministères concernés disposaient de toutes les données pour nos calculs, nous pourrons être prêts en l’espace d’un mois. La difficulté pour nous sera d’aller chercher les informations se rapportant aux projets qui seront identifiés. Si nous prenons, par exemple, une ligne de haute tension, puis un réseau de distribution qui touche des ménages, de quelle manière cela pourrait améliorer les conditions de vie des ménages ? Pour le savoir, il faut pouvoir documenter, c’est-à-dire, fournir l’information sur comment l’électricité va améliorer les études des enfants. Ils auront de l’électricité pour étudier la nuit. S’ils étudient la nuit, comment cela améliore leur performance scolaire ? L’électricité peut aussi diversifier les activités des populations. Des gens peuvent s’acheter des réfrigérateurs pour développer des activités rémunératrices, surtout chez les femmes. Nous devons être capables d’estimer tous ces avantages. En ce qui concerne les entreprises, quel type d’activités nouvelles sera créé ou dans quelle mesure l’électricité va accroître le volume de leurs activités ? Ce sont par des estimations que nous pourrons décrire l’apport de l’électricité sur les conditions de vie des populations et à la lutte contre la pauvreté. Ainsi, si nous ne disposons pas d’informations, il faut réaliser des enquêtes et produire toutes ces données. Or, sur toutes les zones électrifiées, si le Burkina Faso disposait d’études pointues sur ces aspects, il nous suffisait juste d’aller prendre ces informations. Et nous aurions pu économiser jusqu’à six mois de travail. Ce sont ces difficultés qui allongent le processus.

S. : Les Etats-Unis ont-ils mis des garde-fous dans la formulation du Compact, surtout dans les choix des projets structurants ?

T.S.K. : Les américains veulent s’assurer que les projets à réaliser soient rentables sur le plan économique. Ce sont des projets qui doivent valoir la peine qu’ils investissent des ressources et leurs retombées doivent couvrir les coûts ayant servi à leur exécution. Les projets, pour être éligibles, seront soumis à des critères définis par l’institution, le MCC à Washington. Le premier critère concerne l’atténuation ou la solution aux problèmes identifiés dans l’analyse des contraintes. Le programme doit avoir un impact économique élevé d’au moins 10%. Ils doivent pouvoir être exécutés sur un délai de cinq ans. Ensuite, le programme doit impacter sur le pauvre, que celui-ci puisse ressentir les effets de sa mise en œuvre. Aussi les risques doivent pouvoir être gérables, car s’ils ne le sont pas nous pouvons perdre les avantages attendus. Et il faut une durabilité à long terme. C’est donc le projet qui satisfait à l’ensemble de ces critères qui va être retenu. Il s’agit là des critères d’appréciation de notre partenaire. C’est à l’UCF de conduire le processus jusqu’à être capable, pour chaque projet, de prendre en compte ces indicateurs afin de s’assurer que ceux qui seront retenus satisfassent à l’ensemble des critères. Avec de telles conditions, nous sommes tenus de collecter les données, de conduire les analyses jusqu’à être capable d’apporter ces éléments d’information pour un bon choix des projets.

S. : Avec tout ce travail à abattre, l’UCF pourra-t-elle respecter son dead line d’avril 2019 ?
T.S.K. : Il reste moins de deux ans et nous sommes en train de travailler dur pour que les calendriers puissent être tenus. La première phase a été bouclée dans les délais. Nous nous battrons qu’il en soit de même pour la deuxième et les autres étapes. Nous avons des possibilités d’aller vite, mais il faut que nous soyons mieux compris par nos partenaires, comme le gouvernement, la société civile, le secteur privé afin de faciliter les démarches administratives et la disponibilité des données. C’est cela qui va déterminer notre vitesse d’exécution.
Interview réalisée par :
Sié Simplice HIEN




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