Gouvernement du Burkina Faso

DISCOURS DE CLÔTURE DU COLLOQUE INTERNATIONAL SUR LE THEME : « ETAT DE DROIT, DEMOCRATIE ET CHANGEMENTS ANTICONSTITUTIONNELS DE GOUVERNEMENT : CONCEPTS, LIMITES ET PERSPECTIVES ».

vendredi 29 mai 2015.

 

Mesdames, Messieurs les Ministres,
Excellences, les Représentants des Missions diplomatiques et consulaires,
Mesdames, Messieurs les Représentants des organismes internationaux,
Mesdames, Messieurs les participants,
Chers invités,

C’est avec un grand plaisir que je prends à mon tour la parole pour clôturer ce colloque international sur « Etat de droit, démocratie et changements anticonstitutionnels de gouvernement : concepts, limites et perspectives ». Deux jours durant, vous avez mené des réflexions riches et profondes. Vos échanges sur le thème ont montré que la problématique est loin d’être épuisée, et que la qualité de vos débats confortent a posteriori la pertinence de la thématique choisie pour ce colloque international.

La synthèse de vos travaux, telle que présentée de façon magistrale, témoigne des difficultés et obstacles pour l’ancrage du constitutionnalisme et des pratiques démocratiques, seuls remèdes efficaces aux changements anticonstitutionnels de gouvernement en Afrique.

Honorables invités,
Chers participants,

Je ne voudrais pas en rajouter aux remarquables réflexions faites tout au long de vos travaux. Je retiens d’ores et déjà que vous êtes arrivés au terme de pratiquement deux journées de réflexions approfondies de travail, à des conclusions pertinentes.

La question des changements anticonstitutionnels de gouvernement n’est pas le moindre des problèmes auxquels l’Afrique est confrontée. Il est indispensable, comme vous l’avez fait, de revenir sur l’insuffisante conceptualisation de la notion de changement anticonstitutionnel. Jusqu’ici en effet, ce concept avancé par l’Union africaine et repris par les communautés régionales comme la CEDEAO, ne tient pas suffisamment compte des aspirations démocratiques des peuples africains et de la duplicité de certains régimes africains qui, derrière les façades démocratiques, tentent de se perpétuer indéfiniment au pouvoir.

Il est banal de dire qu’il n’y a pas de développement démocratique sans constitutionnalisme, mais il n’est pas pour autant inutile de rappeler qu’il n’y aura pas de constitutionnalisme authentique sans une réhabilitation de la figure du citoyen, et partant, du peuple.

Si les changements anticonstitutionnels de gouvernement constituent l’une des causes essentielles d’insécurité, d’instabilité, de crise et même de violents affrontements en Afrique, il y a donc lieu d’interroger le contenu réel de ce concept, ses limites et ses perspectives d’évolution.

A la lumière des résultats de vos travaux, il convient désormais de plaider pour une adaptation des instruments juridiques africains en vue de prendre en compte le droit pour les peuples africains de se défaire des régimes constitutionnels qui trahissent l’esprit du constitutionnalisme en manipulant les institutions pour se perpétuer au pouvoir.
C’est un secret de polichinelle que de rappeler que la démocratie au Burkina Faso est restée longtemps verrouillée par un système formel et informel d’entraves de tous genres, qui empêchait l’éclosion d’une véritable citoyenneté démocratique susceptible de provoquer l’alternance.

Mesdames et Messieurs,
Chers participants,

Un vent nouveau semble souffler sur notre continent avec une prise de conscience de plus en plus claire des peuples, des citoyens africains de la nécessité de prendre leurs destins en mains.

Pour sa part, le peuple du Burkina Faso a choisi de prendre ses responsabilités. Il a montré, fièrement, à la face de l’Afrique qu’il n’y a pas de fatalité. Il a choisi, en dépit des risques encourus, de payer le prix fort pour reconquérir sa souveraineté confisquée et défendre sa Constitution.
C’est ainsi qu’il s’est insurgé les 30 et 31 octobre 2014 contre la tentative de crime de changement anticonstitutionnel de gouvernement du régime défunt, en adoptant un projet de loi visant à supprimer la clause limitative de nombre de mandats présidentiels.

Tenant en haute estime le constitutionnalisme comme valeur suprême, le peuple burkinabè s’est évertué à préserver la Constitution en la complétant par une Charte constitutionnelle visant à combler les dispositions constitutionnelles rendues inapplicables par l’insurrection.

Les institutions de transition que ce même peuple burkinabè s’est donné s’évertuent à restaurer le constitutionnalisme et à lui redonner sa vraie signification à travers l’œuvre de la Commission nationale de réconciliation et de réformes, mais aussi à travers des comportements exemplaires et un travail législatif qui intègre les valeurs d’inclusion et de tolérance mais aussi les valeurs de responsabilité. Sans cette éthique de responsabilité, il est fort à craindre que nous ne fassions la promotion de l’irresponsabilité et ne donnions une prime à ceux qui se sont illustré par le passé par la mauvaise gouvernance.

C’est pourquoi le gouvernement du Burkina Faso attache une importance particulière à vos recommandations, qui permettront aux institutions de la transition de proposer à notre peuple des options de réformes idoines, à même de répondre à ses aspirations à une meilleure gouvernance démocratique. Au delà, vos recommandations permettront sans doute de partager l’expérience historique de notre peuple avec les autres peuples africains et d’amener nos institutions régionales et panafricaines à revoir leurs instruments juridiques pour mieux coller aux aspirations démocratiques des peuples africains.

Distingués invités,
Chers participants,
Il n’y a pas de changement véritable sans sacrifices, sans efforts individuels et collectifs. Il n’y aura pas de changement durable sans la participation de tous les citoyens à l’œuvre d’édification d’un nouvel ordre constitutionnel et à l’édification d’un Burkina Faso réconcilié avec lui-même. Merci pour le soutien et la solidarité que vous avez manifestés envers le peuple burkinabè, dans sa quête d’un monde meilleur.
Avant de terminer mon propos, je voudrais réitérer mes sincères remerciements à l’Institut Tiémoko Marc Garango pour la gouvernance et le développement (IGD) et aux différents participants et partenaires qui se sont engagés pour la réussite de ces journées de réflexion scientifique.

Convaincu que vos recommandations peuvent contribuer à une prise de conscience des décideurs politiques africains de la nécessité de mettre en œuvre de véritables mécanismes de promotion de la démocratie et de la culture citoyenne.

En souhaitant un bon retour dans leurs pays respectifs à ceux qui ont fait le déplacement de Ouagadougou je déclare clos les travaux du colloque international.

Je vous remercie

Yacouba Isaac Zida




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