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Discours de son Excellence le Premier Ministre lors de la rencontre des Forces vives à Koudougou

mardi 17 mai 2011

• Autorités administratives et politiques de la Région du Centre-Ouest ;
• Autorités coutumières et religieuses ;
• Frères et sœurs ;
• Dynamique jeunesse ;
• Population du Centre-Ouest ;
Je cherche les mots qui conviennent pour vous traduire ma vive émotion et vous exprimer tous mes remerciements pour cette grande mobilisation et pour votre accueil combien fraternel.

Dois-je voir dans cette mobilisation des hommes et des femmes, des jeunes et des anciens, une région du Centre-Ouest réconciliée avec elle-même, unie et solidaire. Je me sens aujourd’hui fortement réconforté par cette nouvelle ambiance de la main tendue empreinte de tolérance et de fraternité. Ce sont du reste, des valeurs qui ont toujours caractérisé nos différentes sociétés.

J’appréhende le malaise que vous éprouvez face à la crise qui a plongé notre région et plus particulièrement Koudougou dans un désarroi total, suite à la tragique disparition de Justin Zongo, ainsi que d’autres personnes dont des jeunes qui ont perdu la vie dans les violences. En leur mémoire je vous demande d’observer une minute de silence.

En tout état de cause, je voudrais saisir cette occasion pour réitérer toute la compassion de Son Excellence Monsieur le Président du Faso et celle du Gouvernement aux différentes familles éplorées et affectées. Je présente tous mes regrets aux paisibles et vaillantes populations du Centre-Ouest pour les divers désagréments subis. Je demande le pardon de tous ceux qui sont meurtris dans leur chair et dans leur cœur. Je dis simplement : plus jamais ça à Koudougou. Plus jamais ! Nous avons perdu assez de vies humaines. Plus jamais ! Nous avons assez cassé et brûlé. Ce sont des édifices publics et privés, du matériel roulant et du commerce saccagé. On a mis dans la tête des jeunes que la justice ne peut s’obtenir que par la violence.

Le tribut payé par notre région est extrêmement lourd. Tout en comprenant l’excès de colère des populations notamment de la jeunesse, nul doute imputable au dysfonctionnement de nos structures juridico-administratives, je ne saurai toutefois tolérer ces actes, connaissant en même temps aussi, la grandeur d’esprit, la capacité de discernement et de tolérance dont elles savent toujours faire preuve dans les situations les plus difficiles.

Chers frères et sœurs,
Il est temps de nous ressaisir et de faire sans complaisance notre examen de conscience pour reconnaitre avec humilité que nous avons fait preuve d’une faiblesse coupable. Ce n’est nullement à l’honneur de nos dignes devanciers dont je voudrais ici saluer les mérites. Dans l’ordre que me dicte ma mémoire, j’ai nommé feux Maurice YAMEOGO, Philippe Zinda KABORE, Blaise BENON, Bamina Georges NEBIE, Bagora René BASSINGA et Henri GUISSOU. Ils avaient de l’audace, le sens élevé de la responsabilité et le respect du bien public. Leur dévouement désintéressé pour la construction et la prospérité de notre région ainsi que celles de la Nation toute entière, reste comme une marque indélébile dans l’esprit de tous ceux qui ont eu la chance de suivre leurs différentes luttes et cheminement politique.

Le Burkina Faso a traversé ces dernières semaines, une profonde crise sociale dont le détonateur semble être parti de Koudougou. L’entrée en scène de certains éléments des Forces armées nationales refusant de se soumettre à des décisions de justice et d’autres réclamant des conditions de traitement et de vie meilleures, le comportement regrettable et condamnable de certains hommes politiques ont donné une autre dimension à la crise. Dès lors, le Burkina a connu de nouvelles formes de revendications consistant à s’attaquer aux symboles de l’Etat, à détruire systématiquement les biens publics et privés. Ces pratiques comme le relevait le Président du Faso dans son message à la Nation le 30 mars 2011, constituent une réelle dénégation de la tradition de lutte qui a traversé les générations passées. Elles sont en contradiction avec les valeurs qui fondent l’unité et la cohésion de notre société.

La persistance des manifestations au sein des casernes et les graves menaces qui pesaient sur la stabilité du pays, ont conduit le Président du Faso, a engagé des consultations avec les forces militaires mais aussi avec les autres acteurs de la vie nationale. Ils s’en sont suivis :
• les changements dans les hautes hiérarchies des différentes armées ;
• et la dissolution du Gouvernement.

Je salue ici l’esprit patriotique dont font preuve nos frères et sœurs des armes depuis maintenant quelques semaines en se pliant aux règles républicaines. Je les encourage à persévérer dans cette voie, le seul moyen d’aboutir à un règlement pacifique de leurs préoccupations.

Chers frères et sœurs,
Mesdames et Messieurs,
Dans la recherche d’une solution concertée et durable à cette crise, le Président du Faso Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE a fait confiance à un autre fils de la Région. Quelle marque de confiance et de considération renouvelées pour le Centre Ouest. Nous devons en être très fiers. Ici à Koudougou, j’y ai mes propres racines et j’y ai passé les plus beaux moments de ma tendre enfance et de ma jeunesse. Je pense à nos maîtres tels que Badiel et Alexis Yaméogo qui ont marqué nos pas à l’école primaire. Comment oublier les souvenirs vivaces du petit Séminaire de Koudougou qui a forgé très tôt notre conscience et notre humanisme ?

Je voudrais saisir cette occasion pour lui réitérer toute ma gratitude pour cette distinction et me réjouir de conduire cette lourde mais combien noble mission de coordination de l’action gouvernementale. C’est aussi le lieu pour moi de rendre un hommage mérité à mon prédécesseur, mon frère et ami, Son Excellence Monsieur Tertius Zongo, pour son engagement, son dévouement pour la cause nationale et pour la grande disponibilité qu’il n’a cessé de manifester chaque fois que je le sollicite.

Je suis ici parmi vous à Koudougou pour vous apporter le message de paix du Président du Faso et vous redire à quel point il porte dans son cœur notre région.

Je voudrais ici encore le rassurer de toute ma disponibilité et de celle du Gouvernement dont il me charge de coordonner l’action. Notre mission, contexte national exige, comporte quatre axes majeurs :

• œuvrer à ramener la paix sociale au Burkina Faso ;
• restaurer l’autorité de l’Etat ;
• mettre en œuvre le programme politique du Président du Faso : « Bâtir, Ensemble, un Burkina Emergent » en vue d’accélérer la croissance économique et d’assurer un développement durable ;
• améliorer la gouvernance politique, économique et administrative.

Bien sûr notre approche pour la réussite de cette mission privilégiera la concertation sans exclusion et la communication avec tous les acteurs. Tous les Burkinabé sont comptables de la réalisation des ambitions de développement de ce pays. Ils ont le droit de savoir et de se faire une opinion. D’ores et déjà, tirant leçons des consultations avec les différentes composantes de la vie nationale, le Gouvernement a pris les mesures urgentes ci-après devant contribuer à l’apaisement du climat social :

• mise en place d’un mécanisme financier en appui aux opérateurs économiques, victimes de vandalisme ;
• institution d’une concertation entre le Gouvernement, les opérateurs importateurs et la ligue des consommateurs pour déterminer des prix consensuels de certains produits de grande consommation. Ainsi, au terme de ces consultations, les prix du riz, du sucre et de l’huile ont été, pour compter du 08 mai 2011, fixés respectivement à :

-  16 000 FCFA le sac de 50 Kg pour le riz importé avec 25% de brisure, soit 320 FCFA le kilogramme dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso. Dans les autres localités, ces prix seront majorés des frais de transport ;
-  15 000 FCFA le sac de 50 Kg pour le riz local, soit 300 FCFA le kilogramme dans les mêmes conditions ;
-  650 FCFA le kilogramme de sucre granulé ;
-  825 FCFA le litre d’huile alimentaire.

• suppression de la Taxe de Développement Communal (TDC) ;
• réduction de 10% du taux d’imposition de l’IUTS dès la fin du mois de mai 2011.
• apurement de toutes les corrections des avancements de 2008 et antérieurs au plus tard en juin 2011. Celles de 2009 au plus tard en septembre 2011 ;
• suspension de la tarification des actes médicaux dans l’attente d’une concertation avec tous les partenaires concernés pour aboutir à de nouvelles propositions consensuelles.
• suspension exceptionnelle des pénalités de retard de paiement des factures d’électricité jusqu’en fin juin 2011 sur toute l’étendue du territoire.

Mesdames et Messieurs,
Il est une évidence que la restauration de l’Etat de droit démocratique en 1991 a favorisé d’une part, l’amélioration du climat des affaires à l’origine des performances enregistrées par l’économie nationale au cours de ces deux dernières décennies et d’autre part, le processus de décentralisation qui fait de chaque Burkinabé, citoyen d’une municipalité et lui permet d’apporter sa réelle contribution au développement du pays. Sur cette question particulière de la décentralisation, je mettrai à profit la prochaine session du conseil national de la décentralisation (CND) pour organiser une réflexion approfondie sur l’ensemble du processus en vue d’envisager des mesures correctives des insuffisances constatées en l’occurrence celles liées aux différents lotissements.

La consolidation de cet Etat de droit implique une justice accessible, efficace et indépendante. Le Gouvernement y veillera en même temps qu’il œuvrera pour que tous les dossiers de justice soient jugés dans les délais. Il en sera ainsi pour le dossier Justin ZONGO et des autres victimes des évènements du 23 mars, si possible, avant les vacances judiciaires. C’est bien sûr la même détermination qui animera le Gouvernement s’agissant d’une part, des dossiers des élèves tués par balles à Gaoua et à Pièla et d’autre part, ainsi que des dossiers de détournement dont l’instruction est bouclée et de tous les autres dossiers judiciaires dits pendants.

Comme je l’indiquais lors de la première rencontre avec la presse nationale et internationale le 28 avril 2011, les libertés politiques et syndicales sont des valeurs imprescriptibles de notre Constitution et le fondement de l’Etat de droit. Entendu bien sûr que chaque citoyen reste conscient de ses droits et de ses devoirs et ne pose pas des actes susceptibles d’entraver les principes fondamentaux qui sous-tendent l’organisation et le fonctionnement de cet Etat de droit. Donnant suite aux revendications estudiantines, le respect de la franchise universitaire et effectif depuis le 3 mai 2011, j’ai instruit le Ministre des Enseignements Secondaire et Supérieur à prendre toutes les dispositions pour assurer la sécurité sur les campus.

En ce qui concerne le cas de Koudougou, j’ai pris connaissance des doléances spécifiques et le Gouvernement s’attèlera à apporter des solutions dans les meilleurs délais.

Chers frères et sœurs,
Nous devons ensemble reconnaitre les efforts exceptionnels consentis par le Président du Faso, pour doter la région du Centre-Ouest en infrastructures socio-économiques de base. Le chef-lieu de la région, Koudougou a eu davantage plus d’égard avec la réalisation d’infrastructures marchandes, la construction de sièges de région et de mairie, l’ouverture de l’université qui connait une rapide expansion, la réhabilitation du palais de justice, le bitumage de la route Koudougou-Dédougou et celle Sabou-Perkouan-Didyr à venir. La célébration de la fête nationale, le 11 décembre 2011 devrait offrir de réelles opportunités d’une plus grande embellie de cette ville, confortant ainsi sa troisième place sur le plan national. Mais hélas, quel gâchis, nous avons nous-mêmes compromis cette chance par des actes répréhensibles commis ces dernières semaines.

Ces actes sont un mauvais signal pour les investisseurs. Qui viendra demain investir à Koudougou, s’il est convaincu que pour un moindre problème on brûle tout ou on casse tout. Est-il normal que Koudougou continue dans cette voie d’autodestruction qui comme de façon cyclique se reproduit régulièrement ?

Aussi, je n’aurai de cesse de vous dire avec force que nous avons tout intérêt à dissiper les apparences d’antagonisme qui ne s’apaisent guère entre les fils et filles de la région. Je voudrais me convaincre de cette sagesse chinoise qui dit je cite : « la crise, c’est à la fois un danger et une opportunité » fin de citation. Bien sûr c’est toute raison gardée.

J’en appelle donc tous les fils et filles de cette région à une véritable réconciliation pour que cesse définitivement le cycle des violences. A cet effet, je voudrais pouvoir compter sur la grande disponibilité et la capacité de persuasion des autorités coutumières et religieuses, des leaders d’opinion, et des associations qui œuvrent au développement et au bien être de la région. Je voudrais dans ce sens vous inviter mes sœurs et mes frères du Centre Ouest et plus spécifiquement de Koudougou à engager avec courage un processus de réconciliation et de pardon fondé sur nos valeurs ancestrales. Je vous invite à réfléchir dans ce sens à l’adoption d’une charte citoyenne qui engage tous les acteurs politiques et la société civile dans une dynamique sincère pouvant contribuer à restaurer un climat réel de paix durable à Koudougou.

Nous avons d’importants défis de développement et de lutte contre la pauvreté notamment rurale à relever. Toutes nos énergies doivent y être consacrées. Nous n’avons pas d’autres alternatives. Je m’emploierai à ce que ce processus de développement soit le plus inclusif possible. A cet effet, l’accent sera mis sur :

• une large communication sur les décisions gouvernementales et sur les politiques publiques ;
• l’institution de cadres de concertation pour échanger sur l’état de la nation ;
• la création dans chaque région d’une interface de propositions directement au chef de Gouvernement.

La sortie de crise implique un sursaut collectif. C’est tout naturellement ensemble et dans la concorde que nous bâtirons un Burkina prospère et solidaire.

Jeudi 12 mai 2011

Je vous remercie.

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