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Discours de S.E.M. Tertius Zongo au sommet sur la crise de l’emploi à Génève

jeudi 18 juin 2009

DISCOURS DE SON EXCELLENCE
MONSIEUR Tertius ZONGO, PREMIER MINISTRE,
CHEF DU GOUVERNEMENT DU BURKINA FASO

A

L’OCCASION DU SOMMET SUR LA CRISE DE L’EMPLOI, SEGMENT DE HAUT NIVEAU

98e SESSION DE LA CONFERENCE INTERNATIONALE DU TRAVAIL

Genève, 15 -17 juin 2009

• Monsieur le Président de la Conférence Internationale du Travail ;

• Monsieur le Directeur Général du Bureau International du Travail ;

• Mesdames et Messieurs les Représentants des Institutions internationales de financement du développement et des Organisations Internationales ;

• Mesdames et Messieurs les Représentants des Organisations syndicales et professionnelles d’Employeurs et de Travailleurs ;

• Honorables Délégués ;

• Distingués Invités ;

• Mesdames, Messieurs ;

1. Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE, Président du Faso, Chef de l’Etat, me charge d’un agréable devoir, celui de m’adresser à votre auguste Assemblée, en son nom propre, et en celui du gouvernement du Burkina Faso et de son Peuple, pour transmettre ses plus vives félicitations à l’Organisation Internationale du Travail qui commémore cette année ses 90 ans d’existence, ainsi qu’à l’ensemble des Etats Membres.

En effet, l’OIT reste la seule organisation internationale à vocation universelle à avoir su traverser les bouleversements consécutifs à la deuxième guerre mondiale et les grandes crises économiques de notre temps, comme pour nous rappeler que la question du travail est chez l’homme une constance vitale, gage de paix et de développement humain. Il convient donc de raffermir notre engagement envers les valeurs originelles ainsi que les objectifs premiers qui ont sous-tendu la création de notre organisation commune en 1919.

2. Je voudrais également adresser à Monsieur KHANDAKER Mosharraf Hossain, Ministre du Travail, de l’Emploi et des Travailleurs émigrés de la République Populaire du Bengladesh, Président de la 98ème Conférence Internationale du Travail ainsi qu’aux membres du Bureau de la Conférence, mes vives félicitations et leur assurer que ma délégation est disposée à oeuvrer à leurs côtés afin d’assurer un véritable succès à nos travaux.

3. Je saisis cette occasion solennelle pour réitérer le soutien fraternel du Président du Faso, Son Excellence, Monsieur Blaise COMPAORE à Monsieur Juan SOMAVIA, Directeur Général du Bureau International du Travail dont la brillante réélection en novembre 2008 est le témoignage du leadership de qualité qu’il exerce à la tête de notre organisation et de son engagement sans faille à relever, avec le précieux appui des mandants tripartites de l’OIT, les défis de la crise et à garantir la justice sociale dans le monde.

o Monsieur le Président ;

o Honorables Délégués ;

o Mesdames, Messieurs ;

4. Le Burkina Faso salue l’inscription dans l’agenda de cette Conférence Internationale d’une discussion de haut niveau autour du thème « faire face à la crise de l’emploi ».
En effet, la crise que nous vivons est historique à plus d’un titre : elle est la plus grave depuis celle qu’a connue notre monde en 1930, et elle a déjà provoqué des prises de conscience et des bouleversements fondamentaux dans la perception et le fonctionnement du système capitaliste mondial. Et pourtant, de nombreux signaux annonciateurs, de nombreux appels au renforcement de la solidarité et pour une gouvernance mondiale plus équitable ont été lancés avec peu de succès jusqu’à l’éclatement dramatique dans nos Etats de véritables émeutes de la faim durant l’année 2008.
Nous considérons l’appel des dirigeants du G20, réunis à Londres le 2 avril 2009, comme le signe, sinon d’une sagesse retrouvée, du moins d’une invitation à un nouveau départ, que mon pays saisit opportunément, convaincu que pour sortir rapidement de la crise, il est indispensable de remettre en question la légitimité du modèle de mondialisation en cours.

5. Toutefois, les attentes réelles de mon pays et nul doute celles des pays en développement et africains en l’occurrence vis-à-vis des puissances économiques du monde sont entre autres :

-  de respecter les engagements déjà pris et d’accélérer les décaissements ;
-  d’accroître les ressources concessionnelles ;
-  de travailler à améliorer les conditionnalités de décaissements ;
-  d’introduire plus de flexibilité dans l’analyse de la soutenabilité de la dette.

6. L’ampleur de la crise financière et sa gravité freinent la croissance, limitent les exportations et compromettent les efforts de l’Afrique pour un développement harmonieux. Selon les estimations des Institutions financières internationales, l’Afrique, pour maintenir sa croissance d’avant-crise, aura besoin de ressources additionnelles de l’ordre de 50 milliards de dollars US en 2009 et 56 milliards en 2010.
Pour accélérer la croissance et garantir la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), l’Afrique aura besoin de plus de 117 milliards de dollars supplémentaires en 2009 et 130 milliards de dollars en 2010.

7. En outre, pour faire face aux effets de la crise, les gouvernements africains développent, malgré des contraintes de tous ordres, des stratégies innovantes pour accélérer la croissance et la rendre plus sensible dans le panier de la ménagère.
L’invitation qui a été faite à mon pays de participer et partager sa vision sur la problématique de la crise actuelle m’offre l’agréable plaisir de présenter à cette tribune la réponse du Burkina Faso à cette crise.

o Monsieur le Président ;

o Honorables Délégués ;

o Mesdames, Messieurs ;

8. En Afrique, la crise prend souvent l’appellation de « vie chère » et le Burkina Faso, à l’instar des autres pays du Continent, en subit les effets néfastes dont les impacts les plus visibles se traduiront entre autres par :
-  Une baisse prévisible de la croissance dont le taux a été révisé à 3% pour 2009 contre une prévision initiale de 6% sur la base d’une réalisation en 2008 de 5% ;
-  Une dégradation de la balance des paiements au regard de la baisse des cours du coton et du repli des transferts des migrants burkinabè ;
-  Un resserrement des crédits à l’économie résultant de l’assèchement des liquidités tant au niveau du système bancaire qu’au niveau du marché financier régional auquel recourent de plus en plus les trésors publics nationaux sous forme d’émissions obligataires ou de bons du trésor, avec à terme un risque de renchérissement du coût de ces émissions. Ce resserrement du crédit sera préjudiciable au financement de l’activité économique et commerciale en général et affectera le secteur privé national ;
-  Une baisse des recettes publiques et une augmentation des dépenses sociales pour atténuer les effets de la crise ;
-  Une contraction de l’aide publique au développement ;
-  L’exacerbation de la pauvreté avec des effets plus accentués sur les groupes vulnérables que sont les enfants et les femmes.

9. Le Burkina Faso a pris courageusement de nombreuses initiatives pour proposer des solutions innovantes, susceptibles d’atténuer pour toutes les couches de la population, surtout les plus pauvres, les effets de la crise.
Ainsi, avec l’appui de ses partenaires au développement, notre pays a consenti des efforts immenses et réalisé des réformes drastiques afin de maintenir ses performances macroéconomiques.
Dans la perspective de renforcer les acquis et juguler les répercussions de la crise internationale, il me paraît utile que nous adoptions une posture proactive et d’anticipation consistant à détecter précocement les problèmes éventuels auxquels les secteurs socioéconomiques pourraient être confrontés afin d’y apporter des solutions pérennes et soutenables.

10. Dans ce sens, le Burkina Faso s’attelle à mettre en place un dispositif de veille, d’alerte et de suivi. Ce dispositif aura pour mission de suivre l’évolution de la conjoncture économique et financière tant nationale qu’internationale en vue d’anticiper sur les mesures à prendre afin de conforter la dynamique de la croissance et de développement.

11. Pour inverser la tendance actuelle et améliorer de manière tangible les conditions d’existence des populations et leurs familles, il me paraît impératif que nous innovions dans des politiques permettant la création d’emplois productifs et décents.
C’est ainsi que pour préserver les emplois, le Burkina Faso a opté pour la restructuration de certaines entreprises en situation difficile. Dans cette optique, l’Etat envisage la mise en place d’un programme de restructuration soutenu par la création d’un fonds national de restructuration des entreprises en difficulté afin de rétablir leur viabilité à long terme. Outre l’atténuation attendue de la vulnérabilité de ces unités face aux chocs exogènes, ce fonds permettra la création ou la consolidation de 6000 à 8000 emplois directs.

12. De nombreuses initiatives orientées en faveur de l’emploi des jeunes, la mise en place de cadres de concertation directe et privilégiée entre d’une part les partenaires sociaux et d’autre part les couches sociales vulnérables - les femmes, les jeunes- et le Gouvernement, ont permis d’atteindre des résultats significatifs et de minimiser les effets de la crise sur la société burkinabé. A titre d’exemple :

-  le programme de formation aux métiers permet d’atteindre chaque année 10000 jeunes sur toute l’étendue du territoire national, un accent particulier étant mis sur les zones à forte demande d’emplois ;

-  le Fonds d’appui aux initiatives des jeunes destinés à apporter une aide financière de base et un suivi technique aux projets d’auto emploi sans caution ni garantie, a formé 5000 jeunes en entreprenariat et soutenu 614 projets générateurs d’emplois.

13. Par ailleurs, en matière de protection sociale, l’innovation majeure reste le projet de mise en place à moyenne échéance d’un système d’assurance maladie qui, à terme, couvrira l’ensemble de la population active.

14. Face à l’ampleur de la demande sociale, ces différents programmes seront intensifiés et complétés par une stratégie cohérente de filets sociaux de protection.
Du reste, ce choix volontariste de créer les conditions propices à la relance économique et à la création d’emplois décents nécessite de notre part un surcroît d’imagination dans la mobilisation conséquente de ressources extérieures pour amortir les effets de la crise financière, et de la part de la communauté des partenaires financiers, une meilleure prévisibilité de l’aide pour faciliter la planification et la mise en œuvre des programmes de développement.

15. Sur le plan juridique, il me plaît de porter à votre connaissance que le Parlement burkinabé a autorisé le Gouvernement à ratifier les conventions OIT suivantes :

-  la convention n°122 sur la politique de l’emploi du 9 juillet 1964 ;
-  la convention n°142 sur la mise en valeur des ressources humaines du 23 juin 1975 ;
-  la convention n°187 sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail du 15 juin 2006 ;
-  la convention n° 183 sur la protection de la maternité du 15 juin 2000 ;
-  la convention n° 184 sur la sécurité et la santé dans l’agriculture du 21 juin 2001 ;
 et l’amendement constitutionnel de l’OIT du 19 juin 1997.
Le choix de ratifier ces instruments internationaux en ce moment précis traduit la volonté politique du Burkina Faso de ne pas prendre prétexte de la crise pour remettre en cause les droits fondamentaux des travailleurs, mais bien au contraire, de faire de cette crise une opportunité pour renforcer la protection sociale et les politiques de soutien à l’emploi et à la formation professionnelle.

o Monsieur le Président ;

o Honorables Délégués ;

o Mesdames, Messieurs ;

16. Ce sommet sur la crise mondiale de l’emploi offre à mon pays une fois de plus l’opportunité de réaffirmer sa conviction non seulement sur la nécessité de la promotion et de la consolidation de l’Agenda du Travail décent, mais aussi sur la pertinence des conclusions du sommet extraordinaire de l’Union Africaine sur l’Emploi et la lutte contre la pauvreté en Afrique, tenu à Ouagadougou en 2004.

17. Le Burkina Faso réaffirme également sa disponibilité à accueillir, en relation avec le Bureau régional du BIT pour l’Afrique, dont je voudrais saluer solennellement l’efficacité et la disponibilité, une grande rencontre africaine sur l’agenda de la mise en œuvre du Pacte Mondial pour l’Emploi qui sera adopté. La date de cette rencontre continentale reste à être précisée.

18. Dans cette perspective, le Burkina Faso se félicite de la pertinence des points inscrits à l’ordre du jour de cette rencontre qui fera date, et apporte son soutien à la proposition du Directeur Général du BIT contenue dans son rapport d’un Pacte Mondial pour l’Emploi, qui place l’emploi et la protection sociale au coeur des politiques et mesures de relance pour accélérer la sortie de crise. Car si elle n’est pas maîtrisée, la crise de l’emploi se transformera en une crise sociale de grande ampleur.

19. Si les mesures préconisées dans le Pacte peuvent contribuer fortement à inverser la récession et amorcer la reprise, il convient de réaffirmer que la véritable sortie de crise passe par des reformes structurelles de l’économie mondiale soutenues par les principes d’une gouvernance mondiale partagée et d’un leadership plus démocratique au sein des institutions internationales.

o Monsieur le Président de la Conférence Internationale du Travail ;

o Honorables Délégués ;

o Mesdames et Messieurs ;

20. Le Burkina Faso attend, à l’issue de ce sommet, un engagement résolu de la Communauté internationale de jeter enfin les bases d’une économie mondiale qui soit juste et durable, et qui soit centrée sur la lutte contre la pauvreté ; il espère que des pistes de solutions innovantes et consensuelles seront dégagées et que des actions vigoureuses pour stimuler et relancer la croissance économique seront adoptées. L’heure doit être à la rupture et à la recherche de nouvelles alternatives pour promouvoir une économie verte qui demain, sera une source majeure de croissance durable, de même que celle d’une solidarité agissante et partagée effectivement.

21. Quant à vous, distingués participantes et participants à ce 98ème sommet de l’OIT, vos précieuses orientations sont attendues pour l’enrichissement, l’adoption et la mise en oeuvre du Pacte Mondial pour l’emploi, un instrument sur lequel nous fondons beaucoup d’espoir pour promouvoir une mondialisation plus équitable et garantir un travail décent pour tous.

22. Le Burkina Faso, par ma voix, salue les conclusions pertinentes issues des travaux du comité plénier sur les réponses à la crise et appelle à l’adoption de son rapport.

Je vous remercie de votre bienveillante attention.

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