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Accueil > À la une > Discours du Premier Ministre > Forum national sur le civisme : Discours d’ouverture de son excellence (...)

Forum national sur le civisme : Discours d’ouverture de son excellence monsieur le premier ministre, chef du gouvernement

mardi 18 juin 2013

• Mesdames, Messieurs les Présidents d’institutions ;
• Mesdames, Messieurs les représentants du corps diplomatiques ;
• Mesdames, Messieurs les représentants des organisations internationales et interafricaines ;
• Autorités administratives, militaires et paramilitaires ;
• Autorités morales, religieuses et coutumières ;
• Promoteurs des droits humains et du civisme ;
• Illustres invités venus de pays frères et amis ;
• Chers participants.

Lorsqu’une Nation se trouve à un tournant critique de son histoire, elle doit avec sérénité réunir ses filles et ses fils, pour se concerter et trouver une solution à ce qui constitue pour elle, un défi majeur à relever. Vous êtes plus de quatre cents participants venus de tout le pays et de divers autres horizons, pour le présent forum consacré à nos pertinents questionnements sur le civisme et la citoyenneté ; deux valeurs cardinales à la démocratie et au progrès économique, social et culturel qui ne peuvent se conjuguer avec l’incivisme.

L’incivisme, tout le monde en parle ; aujourd’hui, tout le monde le vit en ville et en campagne. L’incivisme, ce sont ces personnes qui ne respectent plus les feux de signalisation et qui roulent sur les voies publiques comme s’ils étaient dans leur cours. L’incivisme, ce sont ces jeunes d’un quartier de Ouagadougou qui érigent des barricades pour protester contre l’arrestation d’un des leurs, qui a pourtant commis des actes criminels à l’endroit d’une jeune fille. L’incivisme, ce sont encore ces jeunes qui, sans chercher à comprendre, incendient un véhicule qui vient de percuter mortellement une dame. L’incivisme, ce sont ces jeunes élèvent de Niangoloko et de Imasgo qui séquestrent leur proviseur dans son bureau ou dans les toilettes du lycée.
Nous voyons chaque jour des citoyens qui défient l’Etat et les institutions de l’Etat ; que ce soit de façon organisé ou non. Le pourrissement de tels constats a conduit aux nombreuses et intolérables pertes en vies humaines consécutives à la délinquance criminelle sur nos routes et, jusque dans nos familles ; aux violences scolaires, aux affrontements entre éleveurs et agriculteurs, aux oppositions fratricides pour conquérir un fauteuil de chef coutumier ou arracher un lopin de terre. Etc.

De douloureux souvenirs nous remontent lorsque nous évoquons ici les dates funèbres du 29 janvier 2013 au Groupe scolaire Saint Viateur, des 1er et 2 avril 2012 à Guenon dans le Nahouri, du 31 décembre 2012 à Zabré dans le Zoundwéogo, du 14 avril 2012 à Tonkar dans le Poni. Ce sont les affrontements intercommunautaires à Soudougui dans le Koulpelogo qui ont endeuillé des familles, le 26 mai dernier.

A la mémoire de toutes ces victimes de l’incivisme, je vous demande une minute de silence.
Merci à tous d’être des nôtres et de partager notre volonté de comprendre ce mal rampant et, de plus en plus envahissant qu’est l’incivisme, et d’y trouver des pistes de solutions radicales.

Votre présence si massive et votre disponibilité au dialogue sont des fleurs qui promettent de bons résultats à notre forum. Mais encore, nous faut-il avoir le courage de regarder les choses en face et, de les nommer par leur nom, sans préjugés, sans postulats politiques ou socioculturels.

• Mesdames, Messieurs,

• Chers participants,

Aujourd’hui, le civisme, qui incarne entre autres, des valeurs de respect mutuel, de respect de la chose publique, de considération de la justice et de l’autorité judiciaire ainsi que de l’autorité de l’Etat… ces valeurs-ci sont gravement mises à mal dans nos sociétés. Notre pays n’est pas le seul concerné, ni le plus atteint par ce fléau devenu planétaire.
Quelles en sont les causes ? L’on pourrait sur ce point précis, stigmatiser en premier lieu, la responsabilité de chacun de nous en sa qualité de parent éducateur et, interpeler notre conscience et notre responsabilité personnelle et collective dans cette déchéance de nos systèmes éducatifs.

Les parents que nous sommes doivent à chaque instant, se rappeler que l’enfant, notre progéniture, doit incarner le monde auquel nous rêvons et, pour ce faire, lui inculquer, en famille, ces vertus cardinales de respect, de considération de l’autre, de tolérance, de patience.
Nous devons lui administrer le goût de l’effort, du travail bien fait, de mérite, de justice sociale et de discipline. Nous devons lui enseigner, le Patriotisme, l’Etat, l’Autorité publique, le Bien public, le Bien commun, les Droits humains ; l’Ordre et la Hiérarchie dans la cellule familiale.

C’est banal vous me direz ; mais avant d’exiger fort légitimement, que l’école assume sa part de mission d’éducation, le parent que nous sommes doit préparer l’enfant à recevoir l’éducation scolaire. L’école, c’est d’abord un cadre de formation à la vie professionnelle avant d’être un cadre de formation à la vie civique et civile. La famille est le cadre par excellence, où se forgent les vertus de l’intégrité, de l’honneur, du courage, du respect de soi-même et des autres.

La culture du civisme suppose la promotion du goût de l’effort, du travail, de la patience et du mérite. Nous ne pourrons promouvoir ces vertus auprès de nos enfants si nous-mêmes ne pouvons résolument les refléter dans notre quotidien ; si nous-mêmes, ne pouvons nous départir de la culture de l’argent ROI, du gain facile, de la courte échelle, de la propension au lucre et au luxe.
Tous, nous dénonçons la corruption, l’enrichissement illicite, l’impunité, les insuffisances de la justice ; voire, un certain laisser-aller de l’Etat ; mais combien sommes-nous à accepter courageusement une décision de justice à nos dépens ? Combien sommes-nous à attendre qu’une main magique vienne effacer une mauvaise décision de justice, nous procurer un emploi pour un protégé, nous soulager d’une pénalité de retard d’exécution ou de mal façon d’un marché ? C’est de là que germent les graines de l’incivisme et de l’impunité.

• Mesdames, messieurs,

• Chers participants,

La mondialisation est aujourd’hui irréversible grâce à la puissance des médias. Le Canadien Macluhan l’avait perçu dans les années 70 en démontrant que grâce aux médias, le monde est devenu un village planétaire. Mais ce qu’il n’avait pas vu venir, c’est le phénomène des réseaux sociaux qui explosent dans les années 2000 et qui tendent à hériger la permissivité en règle de comportement social.

De même, le contexte international et sous régional, les situations de conflit et de guerre, la porosité de nos frontières favorisent la circulation d’armes légères et de drogues qui influence très négativement nos comportements à l’interne ; surtout ceux des plus jeunes ; frappés par le chômage et, en quête d’un avenir rassurant : une jeunesse convaincue à tord que plus rien ne s’obtient par le mérite.

Peut-il en être autrement quand l’on entend parfois certains responsables affirmer que le « Gouvernement n’entend que le langage de la violence ». Alors est-on étonné que ces mêmes personnes soient à leur tour victime de cette vision absurde dont découle le comportement de leurs enfants. Celui qui prêche la violence ne peut que récolter la violence.

• Mesdames, Messieurs,

Voilà autant de sources de dérives que nous devons combattre pour instaurer un climat de confiance entre nous d’abord, un climat de confiance en famille, un climat de confiance et de respect dans la société, un climat de confiance entre l’administration et les administrés ; aussi bien du public que du privé. Nous devons accepter que nous avons tous une grande part de responsabilité dans le délitement de nos valeurs culturelles et civiques.
C’est la condition première pour nous inscrire tous, parmi les acteurs de notre introspection collective en quête d’un Burkina Faso dont les fils sont fiers d’être de vrais BURKIMBA. Notre BURKINDI n’est pas un simple horizon inaccessible ; mais une réalité à recouvrer, une dignité à restaurer.

Ceci étant, j’en conviens avec vous que l’Etat et le gouvernement ont aussi leur part de responsabilité dans ce délitement moral. Il nous faut combattre les formes d’injustices ressenties par les citoyens. Il nous faut poursuivre sans répit la lutte contre la mal gouvernance et la corruption à tous les échelons. La Justice doit aussi être plus transparente et inspirer davantage confiance aux justiciables.

• Mesdames, messieurs,

• Chers concitoyens,

Nous voulons tous d’un Etat fort, qui protège le faible, garantit la justice, l’équité et l’égalité de tous devant la loi, un Etat qui promeut et défend le bien commun.
Cette guerre implacable que nous déclenchons contre la montée de l’incivisme exige la participation de tous ; autrement dit, une forte synergie d’actions multiformes ; une mobilisation générale et totale de toutes les énergies positives.

C’est en cela que je salue la tenue de ce forum sur le thème : « Quelle synergie d’actions pour une culture de citoyenneté responsable au Burkina Faso ? ». Le conflit de PASSAKONGO entre deux communautés parentes à plaisanterie, inimaginable il y a quelques décennies, est une parfaite illustration du déclin des mécanismes traditionnels de prévention et de résolution des crises sociales ; mais également, il révèle la complexité des solutions possibles, et cette indispensable implication de tous les acteurs.
Il existe un sentiment d’incompréhension et il est de notre devoir à tous, de contribuer à l’information des Burkinabè sur le possible et l’impossible ; sur les réalités de nos ressources budgétaires, sur les efforts réels consentis par l’Etat pour répondre aux besoins divers des populations, surtout, aussi, sur les devoirs de chacun de nous en matière de civisme, de tolérance, de discipline, de respect des valeurs communes et partagées, valeurs qui ont jadis été le ciment de notre société.

• Mesdames, messieurs,

• Chers participants,

J’en appelle à nos leaders d’opinion, aux hommes de culture, à la presse que je félicite au passage pour leur contribution à la paix sociale. J’en appelle à nos autorités morales, coutumières et religieuses auxquelles, je transmets les gratitudes et remerciements du Président du Faso, pour leurs précieuses contributions aux règlements des conflits sociaux, à l’instauration et à la consolidation de la paix sociale.
J’en appelle aux hommes politiques, à toute la classe politique, à la jeunesse scolaire et estudiantine, aux organisations syndicales dont je salue la disponibilité à promouvoir le dialogue social.

Je marque ici, une parenthèse, pour souligner avec force, la philosophie qui guide notre action et dont découlent de telles assises. Son Excellence Blaise COMPAORE, Président du Faso, a rappelé aux anciens, dont il a présidé le premier forum l’année dernière, les valeurs ancestrales de dialogue, l’arbre à palabre du village, à travers lesquelles, nos sociétés ont su évacuer des situations grosses de différends meurtriers et de désintégrations sociales.
S’inspirant de ce trésor séculaire de nos sociétés, il a ancré cette vision qui veut que rien de solide ne puisse se bâtir sans dialogue, sans communication, sans compréhension mutuelle. Je voudrais que nous reconnaissions et saluions cette vision dont la mise en œuvre habile, fait de notre pays, un arbitre incontesté, une référence, une source de paix et de dialogue, un repère pour le règlement de nombreux conflits sur le continent et ailleurs.

• Mesdames, Messieurs,

Outre la stabilité de nos institutions, la paix sociale, la santé de nos indicateurs économiques, c’est surtout cette aptitude et cette disponibilité à promouvoir un dialogue de paix et de réconciliation qui impose la grande admiration et le rayonnement de notre pays à la communauté internationale.
Alors, j’affirme que nous avons les moyens de surmonter ce mal qui gangrène et sape nos efforts de développement. Tout le sens de ce forum, c’est de parvenir à la mise en commun de nos propositions pertinentes après un diagnostic sans complaisance de la situation. Plus les approches seront participatives et les solutions consensuelles, plus leurs impacts seront de grande ampleur et de longue durée ; voire pérennes.

Aussi, d’avance, je remercie tous les participants pour leurs fructueuses réflexions. Je remercie nos partenaires techniques et financiers, pour leur accompagnement constant à l’ancrage de cette culture de la paix et du dialogue social ; fondement de la consolidation démocratique. Comme je l’ai souligné, on ne peut pas construire la démocratie en faisant l’apologie de l’incivisme et de la violence. Plus que jamais, faisons de la culture citoyenne, le fondement de notre vie en société.

Le président du Faso, Son Excellence Monsieur Blaise COMPAORE disait ceci à l’occasion de la commémoration de la première journée nationale de pardon, devenue journée de promotion du civisme. Je le cite : « si l’Etat garantit aux citoyens leurs droits, il attend d’eux l’accomplissement de leurs devoirs.

Certaines situations que nous déplorons tous aujourd’hui auraient pu être évitées si nous avions fait preuve d’un plus grand esprit de responsabilité et d’un sens plus élevé du devoir. C’est pourquoi, le sens ultime de notre engagement de ce jour mémorable dans l’histoire de notre pays, doit être une ferme et commune résolution d’une citoyenneté plus responsable et plus affirmée ». Fin de citation.

• Mesdames, Messieurs,

• Illustres invités,

• Chers participants,

Convaincu que le nombre et la qualité de l’expertise des participants à ce forum nous garantissent des propositions, des résolutions et des recommandations pertinentes, réalistes et réalisables, je puis vous assurer, que le Gouvernement reste impatient de les exploiter pour éradiquer progressivement l’incivisme au Burkina Faso. Je vous suggère de mettre en place un comité de suivi des recommandations du Forum et de trouver les mécanismes permettant leur meilleure mise en œuvre. Il faut se départir des grandes théories pour aller vers des approches pragmatiques tirées de notre expérience au quotidien.
Sur ce constat d’espoir, je déclare ouverts les travaux du premier forum sur le civisme au Burkina Faso. Plein succès à vos travaux.

Je vous remercie.

Ouagadougou le 30 mai 2013

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